Le carburant bloqué à 1,70 € le litre

Analyse réalisée le 04/11/2026 avec Perlimpinpin 1.0 · Tagadaaa
En résumé
Jean-Luc Mélenchon veut bloquer par décret le prix de l'essence et du gazole à 1,70 € le litre. La loi le permet pendant six mois en cas de crise, et la France l'a déjà fait en 1990. Mais à ce prix, il resterait moins d'argent que ce que coûte le gazole sur le marché mondial. Sans aide de l'État aux stations, des pénuries sont probables, comme en Hongrie.
Contexte
Avec la guerre au Moyen-Orient, les prix des carburants ont fortement augmenté en 2026. Le gazole valait environ 2,38 € le litre fin octobre 2026, bien plus que les 1,70 € visés. Le candidat veut protéger le pouvoir d'achat des ménages face à cette hausse.
Analyse de la proposition
La loi autorise déjà ce type de blocage pour six mois en cas de crise. Mais une fois les taxes retirées, il resterait 0,81 € par litre de gazole, alors que ce carburant coûte déjà 0,90 € à l'achat avant transport. Les stations ne pourraient donc pas vendre sans perte. En Hongrie, un blocage semblable a provoqué des pénuries, puis les prix sont remontés après la levée de la mesure.
Points forts et limites
Points forts
- La loi permet déjà ce type de blocage en cas de crise
- La France l'a déjà fait en 1990 pendant la guerre du Golfe
- Contrôler les prix des stations est facile, elles sont déjà surveillées en temps réel
Points faibles
- Le prix visé est inférieur à ce que coûte le carburant à l'achat
- Les stations risquent de vendre à perte, donc de fermer ou manquer de stock
- En Hongrie, un blocage semblable a fini par des pompes vides
- L'État perdrait au moins 2,4 milliards d'euros de TVA en six mois
- Le candidat ne dit pas qui paierait la différence pour les stations
Faisabilité et mise en œuvre
La base légale existe déjà et ne demande pas de nouvelle loi. Mais le coût pour l'État n'est pas assumé par le candidat : il irait d'au moins 2,4 milliards d'euros de TVA perdue à environ 12 milliards si l'État aide les stations à ne pas vendre à perte. Le candidat ne précise ni la durée exacte du blocage, ni si l'essence et le gazole seraient traités pareil, ni comment les stations seraient aidées.
Sources principales
- article L410-2Code de commerce
- « The end of the fuel price cap », 7 décembre 2022 ; étude sur la levée du plafond hongrois, Energy Strategy Reviews, 2024Telex · 2024
- DGEC, note sur les prix des produits pétroliers du 28 août 2026Ministère de la Transition écologique · 2026
Jean-Luc Mélenchon veut bloquer par décret le prix du carburant à 1,70 € le litre, pour protéger les ménages de la flambée due à la guerre au Moyen-Orient. La loi le permet pour six mois en période de crise, et la France l'a déjà fait en 1990.
Le problème est le niveau choisi : une fois les taxes payées, 1,70 € laisse moins que le prix de gros du gazole. Sans argent public pour compenser, les stations ne peuvent pas vendre sans perte, et la Hongrie a fini avec des pompes vides. Tout dépend donc du prix du pétrole au moment d'appliquer la mesure, et de qui paierait la différence.
Bloquer par décret le prix du carburant à la pompe à 1,70 € le litre, dans le cadre d'un état d'urgence sociale.
Faire baisser le prix du plein
Détail du score
Opérationnalité & Moyens
Somme de 3 volets16/30
Juridique
Incertain documenté5/10
Budgétaire
Incertain documenté3/10
Moyens humains
Solide8/10
Efficacité
Fragile7/30
Effets rebonds & Externalités
Fragile4/20
Degré de préparation
Incertain documenté3/10
Alignement & Logique globale
Solide8/10
Irréaliste
0 à 19
Fragile
20 à 34
Partiellement fondé
35 à 54
Plausible sous condition
55 à 69
Solide et chiffré
70 à 84
Exemplaire
85 à 100
Le plafond d'opérationnalité n'est pas déclenché.
Voir comment nous notonsExtrait analysé
Sources publiques“Bloquer par décret le prix du carburant à la pompe à 1,70 € le litre, dans le cadre d'un état d'urgence sociale.”
Le raisonnement complet
Mesure reformulée
Mise en contexte dans le programme
Contexte national
Contexte international
Impact environnemental
Analyse par critères
Opérationnalité & Moyens— 16/30
La base légale existe et a déjà servi (article L410-2 du code de commerce, précédent de 1990), mais un prix fixé sous le coût d'achat expose le décret à une annulation pour disproportion et au droit européen ; l'« état d'urgence sociale » invoqué, lui, n'existe pas en droit. Côté budget, le sens de l'impact est établi mais pas son ampleur précise : l'État perd au moins la TVA, avec une fourchette allant de 2,4 milliards sans compensation à environ 12 milliards si les distributeurs sont indemnisés, sans que le candidat tranche. Les moyens humains sont en revanche solides : les prix des stations sont déjà déclarés en temps réel sur un site officiel, ce qui rend le contrôle simple à mettre en œuvre.
Efficacité— 7/30
Mauvais signe : le prix visé est inférieur au prix de gros du gazole, donc les stations ne peuvent pas vendre sans perte. Le lien entre décret et prix affiché est direct, mais la réaction prévisible, des stations qui ferment ou se vident, des importateurs qui n'importent plus, est déjà documentée en Hongrie et observée en France avec le plafond volontaire de TotalEnergies. Un carburant bon marché mais introuvable ne protège pas le pouvoir d'achat, ce qui manque l'objectif de référence du domaine (accès de tous à l'énergie à un prix supportable). La note reste au-dessus du plancher car un blocage plus court, ou complété par une compensation ou par la contribution des grandes entreprises évoquée ailleurs dans le programme de LFI, atténuerait l'effet.
Effets rebonds & Externalités— 4/20
Les pénuries et la faillite de stations indépendantes, souvent rurales, créent un problème aussi grave que celui visé, sans mécanisme de compensation prévu dans le texte de la mesure. S'y ajoutent un rattrapage des prix probable à la levée (+12 % constaté en Hongrie après la fin du plafond), une aide non ciblée qui profite d'abord aux gros rouleurs, une hausse des émissions, et un coût budgétaire qui n'est intégré à aucune trajectoire de la dette.
Degré de préparation— 3/10
Aucun chiffrage, aucune distinction entre essence et gazole, aucun mécanisme pour les stations ne figure dans les documents consultés pour cette mesure (contre-budget 2027 et livret de mars 2026), même si le candidat donne un prix cible et, ailleurs, une base juridique et une durée. Le livret de mars 2026 présente la mesure comme « neutre pour les finances publiques », ce que la perte de TVA dément. D'autres chiffrages globaux existent dans le programme de LFI ou du Nouveau Front populaire, mais ils n'ont pas pu être vérifiés ni rattachés spécifiquement à cette version 2026 du blocage du carburant.
Alignement & Logique globale— 8/10
Bon signe : la mesure prolonge une position constante de LFI, du blocage à 1,40 € proposé en mars 2022 à la proposition de loi n° 419 d'octobre 2024, jusqu'au livret de mars 2026. La tension avec les objectifs climatiques relève des effets rebonds plutôt que d'une contradiction avec un instrument que le candidat revendiquerait explicitement.
Longévité des effets
Impact temporel et sectoriel
Ce qui est établi
Ce qui est probable
Ce qui est discutable
Ce qui est inconnu
Angles morts et effets de bord
Verdict final
La loi permet déjà de bloquer les prix des carburants pendant six mois en période de crise, et la France l'a fait en 1990 : sur ce point, le candidat s'appuie sur un outil réel, dans la continuité d'une position que LFI défend depuis 2022.
Mais le niveau choisi pose un problème concret : à 1,70 € le litre, il reste moins que le prix de gros du gazole une fois les taxes payées. Sans compensation pour les stations, l'expérience hongroise et les ruptures déjà observées en France avec le plafond volontaire de TotalEnergies annoncent plutôt des pénuries, puis un rattrapage des prix à la levée du blocage. La mesure n'est pas non plus budgétairement neutre : elle coûte au moins 2,4 milliards d'euros de TVA sur six mois, et jusqu'à 12 milliards environ si l'État compense les distributeurs.
Reste une vraie incertitude : le prix du pétrole au moment d'une application en 2027, qui pourrait rendre la cible beaucoup plus réaliste si les cours redescendent. Verdict établi avec l'hypothèse d'un plafond identique pour l'essence et le gazole, à taxes inchangées.
Une base légale solide, mais un prix cible fixé sous le coût d'achat, qui expose à des pénuries et à un coût budgétaire non assumé.
Sources utilisées
- La France insoumise, contre-budget 2027 « Comment nous allons remettre de l'ordre dans les comptes publics », melenchon2027.fr, octobre 2026, p. 9 et p. 14
- Groupe LFI à l'Assemblée nationale, livret « Plan d'urgence énergie », mars 2026 (lafranceinsoumise.fr)
- Ministère de la Transition écologique, DGEC, note sur les prix des produits pétroliers du 28 août 2026 (ecologie.gouv.fr)
- Code de commerce, article L410-2 (texte lu sur une reproduction, Légifrance indisponible lors de la consultation)
- A. Cartier-Bresson, Club des juristes, « Flambée des prix du carburant : jusqu'où l'État peut-il intervenir ? », 22 mai 2026
- Cour de justice des Communautés européennes, arrêt Cullet c/ Leclerc, C-231/83, 29 janvier 1985
- UFIP Énergies et Mobilités, étude du réseau de stations-service 2025 ; ministère de la Transition écologique, la distribution pétrolière en France continentale en 2024
- CPDP et UFIP, consommation française de carburants routiers en 2025 (dépêche AFP du 15 janvier 2026)
- Insee, document de travail 2023-17, élasticités-prix de la consommation de carburant
- Insee et Conseil d'analyse économique, Focus n° 98, juillet 2023, effets de la remise carburant
- SDES, Chiffres clés des transports, émissions de gaz à effet de serre 2024
- Sénat, rapport n° 771 (2022-2023) ; Cour des comptes, rapport de mars 2024 sur les aides énergie
- Telex, « The end of the fuel price cap », 7 décembre 2022 ; étude sur la levée du plafond hongrois, Energy Strategy Reviews, 2024
- Bernhardt, Breiderhoff et Dewenter, Review of Economics, 2023 ; Dovern et al., Energy Economics vol. 126, 2023 (Tankrabatt allemand)
- DG Trésor, mesures prises en Europe face à la hausse des carburants, avril 2026
- Dépêches AFP (Connaissance des énergies) des 6 mai et 15 septembre 2026 sur les marges et le plafond TotalEnergies
- Prix moyens à la pompe octobre 2026 : Selectra et Kelwatt, à partir des données officielles (sources secondaires)
- Insee, indice des prix à la consommation, octobre 2026 (estimation provisoire)
- Assemblée nationale, proposition de loi n° 419 (17e législature), 15 octobre 2024 ; Sud Radio, 14 mars 2022 (blocage à 1,40 €) ; Public Sénat, 23 septembre 2026
Moyen à élevé. Élevé sur la structure du prix, la base juridique et le précédent hongrois, tous documentés par des sources primaires ou académiques. Moyen sur le niveau des prix au moment d'une application en 2027, qui peut changer fortement le diagnostic, sur l'interprétation retenue (même plafond pour l'essence et le gazole, taxes inchangées) que le candidat n'a pas précisée, et sur les précédents historiques français de blocage des prix, non vérifiés de façon indépendante.
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