Enfermer les casseurs connus

Analyse réalisée le 28/10/2026 avec Perlimpinpin 1.0 · Tagadaaa
En résumé
David Lisnard propose d'enfermer, pendant les manifestations, les casseurs déjà condamnés plusieurs fois, comme pour les hooligans. Le droit français ne permet pas aujourd'hui ce type d'enfermement préventif, et une telle loi serait très probablement rejetée par le Conseil constitutionnel. De plus, la plupart des casseurs condamnés n'avaient pas de casier judiciaire, donc cette mesure ne viserait qu'une minorité d'entre eux.
Contexte
Lors des violences du 17 octobre 2026, environ 2 500 personnes ont été placées en garde à vue. En 2023, lors des émeutes urbaines, 57 % des majeurs condamnés n'avaient aucun antécédent judiciaire. Aujourd'hui, aucune règle ne permet d'enfermer quelqu'un par précaution, sans infraction en cours.
Analyse de la proposition
L'idée repose sur un principe simple : une personne enfermée ne peut pas participer aux violences. Mais le Conseil constitutionnel a déjà rejeté en 2019 une mesure plus légère, l'interdiction administrative de manifester. La Cour européenne des droits de l'homme n'autorise une rétention préventive que quelques heures, face à une menace précise et identifiée. Comme la majorité des casseurs ne sont pas des délinquants connus des services, l'effet réel de la mesure resterait limité.
Points forts et limites
Points forts
- Coûte peu, quelques centaines de personnes retenues quelques heures
- Cohérent avec sa ligne, viser les casseurs plutôt qu'interdire les manifestations
- Une personne retenue ne peut pas participer aux violences
Points faibles
- Aucune base légale solide, serait très probablement rejetée par le Conseil constitutionnel
- La majorité des casseurs condamnés en 2023 n'avaient pas de casier
- Aucun critère précis pour définir qui serait visé
- Ni durée, ni autorité de décision, ni lieu de rétention annoncés
- Identifier et déplacer ces personnes mobiliserait des forces déjà débordées
Faisabilité et mise en œuvre
Le principal obstacle est juridique : enfermer quelqu'un sans infraction en cours n'a pas de base légale solide en France, et une mesure plus légère a déjà été rejetée en 2019. Le coût financier resterait faible. Mais les forces de l'ordre, déjà débordées lors des dernières manifestations, devraient identifier et conduire ces personnes avant chaque événement. Le candidat ne précise ni les critères pour être visé, ni la durée de la rétention, ni qui déciderait.
Sources principales
- « Analyse des profils et motivations des délinquants interpellés lors des violences urbaines du 27 juin au 7 juillet 2023 », août 2023 : https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/291024.pdfIGJ et IGA · 2023
- « Le Conseil constitutionnel censure, faute de garanties suffisantes, l'interdiction administrative de manifester (décision n° 2019-780 DC du 4 avril 2019) » : https://blog.landot-avocats.net/2019/04/04/le-conseil-constitutionnel-censure-faute-de-garanties-suffisantes-linterdiction-administrative-de-manifester-decision-n-2019-780-dc-du-4-avril-2019/Landot avocats · 2019
- « L'avenir du maintien de l'ordre : 30 propositions pour reprendre le contrôle », synthèse, octobre 2026 : https://www.senat.fr/rap/r26-078/r26-078-syn.pdfSénat · 2026
David Lisnard propose, « comme avec les hooligans », d'enfermer les casseurs multirécidivistes connus le temps des manifestations. Le raisonnement est simple : une personne retenue ne peut pas casser, et cibler des individus plutôt qu'interdire les cortèges reste cohérent avec sa ligne politique.
Mais la mesure bute sur deux obstacles sérieux. Juridiquement, enfermer quelqu'un par précaution, sans infraction en cours, n'a pas de base constitutionnelle solide, et la Cour européenne n'admet qu'une rétention de quelques heures face à une menace précise. Et la cible choisie est étroite : en 2023, 57 % des casseurs condamnés n'avaient aucun antécédent judiciaire, ce qui laisserait l'essentiel des auteurs dans la rue.
Placer des multirécidivistes connus en détention provisoire pendant les manifestations, en les isolant dans des centres fermés, comme avec les hooligans.
Empêcher les casseurs connus d'agir
Détail du score
Opérationnalité & Moyens
Somme de 3 volets10/30
Juridique
Fragile2/10
Budgétaire
Solide8/10
Moyens humains
Incertain documenté4/10
Efficacité
Incertain documenté12/30
Effets rebonds & Externalités
Incertain documenté8/20
Degré de préparation
Incertain documenté3/10
Alignement & Logique globale
Solide8/10
Irréaliste
0 à 19
Fragile
20 à 34
Partiellement fondé
35 à 54
Plausible sous condition
55 à 69
Solide et chiffré
70 à 84
Exemplaire
85 à 100
Le plafond d'opérationnalité est déclenché (volet jugé fragile : faisabilité juridique) : Opérationnalité & Moyens est limité à 10/30.
Voir comment nous notonsExtrait analysé
Sources publiques“Placer des multirécidivistes connus en détention provisoire pendant les manifestations, en les isolant dans des centres fermés, comme avec les hooligans.”
Le raisonnement complet
Mesure reformulée
Mise en contexte dans le programme
Contexte national
Contexte international
Analyse par critères
Opérationnalité & Moyens— 10/30Plafonné — faisabilité juridique
Le volet juridique fait plafonner la note globale : enfermer quelqu'un par précaution, sans infraction en cours, n'a pas de voie crédible de mise en conformité constitutionnelle. Le Conseil constitutionnel a déjà censuré en 2019 une simple interdiction administrative de manifester, moins intrusive qu'un enfermement, et la Cour européenne n'admet une rétention préventive que pour quelques heures face à une menace concrète et individualisée, alors qu'une alternative moins lourde existe déjà (interdiction judiciaire assortie de pointage). Le coût budgétaire resterait pourtant faible, quelques centaines de personnes retenues quelques heures dans des locaux existants. Les moyens humains sont en revanche incertains : identifier et conduire ces personnes avant chaque manifestation mobiliserait des forces déjà débordées selon le Sénat.
Efficacité— 12/30
Le mécanisme ne toucherait qu'une minorité des casseurs. Une personne retenue ne peut certes pas casser, et les inspections signalent un noyau dur de délinquants habituels au rôle plus déterminé en 2023. Mais 57 % des majeurs condamnés cette année-là n'avaient aucun antécédent judiciaire, et à Paris les premiers mis en cause du 17 octobre sont en grande majorité peu connus des services. L'essentiel des pillards d'opportunité et des jeunes sans casier resterait donc dans la rue.
Effets rebonds & Externalités— 8/20
Le coût pour les libertés publiques est réel et touche au cœur de l'équilibre entre ordre et liberté de manifester. Enfermer des personnes qui n'ont commis aucune infraction ce jour-là crée un outil de rétention préventive réutilisable, potentiellement extensible à d'autres catégories ou événements dans le temps. Les contentieux et indemnisations sont probables en cas de détention jugée illégale, et la mesure peut nourrir un sentiment d'arbitraire dans les quartiers concernés.
Degré de préparation— 3/10
Une image forte, mais presque aucun mécanisme défini. Le candidat donne une cible, un moment et un modèle de référence, mais ni critères précis, ni durée, ni autorité de décision, ni garanties procédurales n'ont été annoncés. Le modèle invoqué, celui des hooligans, ne comporte d'ailleurs pas d'enfermement, ce qui affaiblit encore la cohérence de l'analogie.
Alignement & Logique globale— 8/10
La mesure découle directement de la ligne affichée par le candidat : viser les casseurs plutôt que restreindre les manifestations pour tous, et intervenir tôt. Aucune contradiction n'a été trouvée avec un vote ou une position antérieure. Une tension demeure toutefois entre la défense des libertés publiques revendiquée et une restriction aussi forte de la liberté individuelle, proposée sans garanties précises.
Longévité des effets
Ce qui est établi
Ce qui est probable
Ce qui est discutable
Ce qui est inconnu
Angles morts et effets de bord
Verdict final
Ce qui tient : la mesure est cohérente avec la ligne du candidat, viser les casseurs plutôt qu'interdire les manifestations, coûte peu, et une personne retenue ne peut pas casser.
Ce qui ne tient pas : le droit et la cible. Enfermer par précaution des personnes qui n'ont commis aucune infraction ce jour-là n'a pas de base constitutionnelle crédible, et le juge européen n'admet qu'une rétention de quelques heures face à une menace précise. Surtout, la plupart des casseurs condamnés en 2023 n'avaient pas d'antécédents, et ceux du 17 octobre sont en majorité peu connus : la mesure laisserait l'essentiel des auteurs dans la rue. La note repose sur une lecture retenue par l'analyse, faute de précision du candidat : une rétention de quelques heures, sans infraction en cours.
Une mesure cohérente avec la ligne du candidat, mais juridiquement très fragile et ciblant une minorité des casseurs réels.
Sources utilisées
- ICI Azur, « Comme avec les hooligans, David Lisnard propose d'isoler les casseurs en les mettant dans des centres fermés », 22 octobre 2026 : https://www.ici.fr/emissions/l-invite-d-ici-matin-ici-azur/david-lisnard-comme-avec-les-hooligans-isoler-les-voyous-des-manifestations-en-les-mettant-dans-des-centres-fermes-7571835
- Titres Presse, reprise du titre et du chapô d'ICI Azur, 22 octobre 2026 : https://www.titrespresse.com/26098022603/david-lisnard-cannes
- Nouvelle Énergie, « David Lisnard sur ICI Azur : je veux faire gagner une droite indépendante », 23 octobre 2026 : https://www.unenouvelleenergie.fr/david-lisnard-sur-ici-azur-je-veux-faire-gagner-une-droite-independante/
- Capital via Yahoo Finance, « Moins l'État est capable de punir ceux qui cassent, plus il entrave nos libertés », 19 octobre 2026 : https://fr.finance.yahoo.com/actualites/moins-l%C3%A9tat-capable-punir-cassent-220339491.html
- IGJ et IGA, « Analyse des profils et motivations des délinquants interpellés lors des violences urbaines du 27 juin au 7 juillet 2023 », août 2023 : https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/291024.pdf
- Sud Radio, « Violences du 17 octobre : qui sont ces casseurs-pilleurs aux profils multiples », 20 octobre 2026 : https://www.sudradio.fr/sud-radio/violences-du-17-octobre-qui-sont-ces-casseurs-pilleurs-aux-profils-multiples
- CEDH, Grande chambre, S., V. et A. c. Danemark, 22 octobre 2018 (résumé) : https://www.echrcaselaw.com/en/?p=8860
- Landot avocats, « Le Conseil constitutionnel censure, faute de garanties suffisantes, l'interdiction administrative de manifester (décision n° 2019-780 DC du 4 avril 2019) » : https://blog.landot-avocats.net/2019/04/04/le-conseil-constitutionnel-censure-faute-de-garanties-suffisantes-linterdiction-administrative-de-manifester-decision-n-2019-780-dc-du-4-avril-2019/
- Assemblée nationale, rapport n° 3688 sur la proposition de loi renforçant la lutte contre le hooliganisme, 2016 : https://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rapports/r3688.pdf
- Sénat, « L'avenir du maintien de l'ordre : 30 propositions pour reprendre le contrôle », synthèse, octobre 2026 : https://www.senat.fr/rap/r26-078/r26-078-syn.pdf
Moyen. Le cadre juridique est bien établi par la jurisprudence constitutionnelle et européenne, et les données sur le profil des casseurs de 2023 sont solides. Mais la proposition n'est connue que par le titre d'une interview, et son contenu exact a dû être interprété.
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