Couper les réseaux pendant les émeutes

Analyse réalisée le 27/10/2026 avec Perlimpinpin 1.0 · Tagadaaa
En résumé
Gabriel Attal veut que l'État puisse couper temporairement certains réseaux sociaux dans les zones touchées par des émeutes. La mesure coûte peu et reste cohérente avec son parcours, mais son efficacité n'est pas prouvée. Il l'a déjà fait en Nouvelle-Calédonie en 2024, et le Conseil d'État a jugé ce blocage illégal.
Contexte
Le 17 octobre 2026, un appel à manifester lancé sur TikTok a réuni plus de 500 000 mentions J'aime avant de dégénérer en pillages et affrontements. Des vidéos de violences ont ensuite été vues des millions de fois. Le gouvernement a mobilisé environ 200 enquêteurs pour identifier les auteurs grâce à ces images.
Analyse de la proposition
L'idée est de gêner la coordination des casseurs et d'empêcher l'effet d'imitation créé par les vidéos. Mais des études à l'étranger montrent que couper des réseaux pendant des troubles est plus souvent lié à une hausse des violences qu'à un retour au calme. L'État a lui-même reconnu que le blocage de TikTok en 2024 se contournait facilement par VPN. Un blocage limité à un quartier ne stopperait pas la diffusion des images dans le reste du pays.
Points forts et limites
Points forts
- Coût quasiment nul pour l'État
- Prolonge une mesure déjà appliquée par le candidat
- Cohérent avec son action passée sur l'encadrement des réseaux sociaux
Points faibles
- Le précédent invoqué a été jugé illégal par le Conseil d'État
- Aucune preuve solide que couper les réseaux calme les violences
- Le contournement par VPN a été reconnu par l'État lui-même
- Un blocage par quartier ne stoppe pas la diffusion des images ailleurs
- Le candidat ne précise ni les plateformes, ni qui déciderait, ni la durée
Faisabilité et mise en œuvre
Le Conseil d'État exige que ce type de blocage soit indispensable, qu'aucune solution plus légère n'existe, et que sa durée soit fixée à l'avance. En métropole, plusieurs opérateurs télécoms coexistent, contrairement à la Nouvelle-Calédonie, ce qui rend un blocage par quartier techniquement incertain. Le candidat ne précise ni les plateformes visées, ni l'autorité chargée de décider, ni la durée maximale.
Sources principales
- communiqué sur la décision n° 494511, 494583, 495174 du 1er avril 2025 (blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie) : https://conseil-etat.fr/content/download/227070/document/Communiqu%C3%A9%20de%20presse%20-%20TikTok%20en%20Nouvelle-Cal%C3%A9donie%20-%20web.pdfConseil d'État · 2025
- « Blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie : quels sont les enjeux ? », mai 2024 : https://next.ink/137451/blocage-de-tiktok-en-nouvelle-caledonie-quels-sont-les-enjeux/Next · 2024
- « Of Blackouts and Bandhs: The Strategy and Structure of Disconnected Protest in India », SSRN, 2019 : https://papers.ssrn.com/abstract=3330413Rydzak J. · 2019
Gabriel Attal veut que l'État puisse couper temporairement certains réseaux sociaux, sur les seuls territoires en émeute, pour casser les rendez-vous de casseurs et l'« effet de meute ». Le problème est réel : les violences du 17 octobre ont été organisées et amplifiées en ligne.
Mais le mécanisme peine à convaincre. Les études sur les coupures pendant des troubles trouvent plus souvent une hausse des violences qu'un retour au calme, le contournement par VPN est documenté, et le précédent calédonien du candidat a été jugé illégal par le Conseil d'État. Peu coûteuse et cohérente avec son parcours, la proposition reste floue sur qui déciderait et pour combien de temps.
Pouvoir bloquer temporairement et de manière ciblée l'accès à certains réseaux sociaux pendant les émeutes, sur les territoires où elles se déroulent.
Freiner l'extension des émeutes
Détail du score
Opérationnalité & Moyens
Somme de 3 volets17/30
Juridique
Incertain documenté4/10
Budgétaire
Solide9/10
Moyens humains
Incertain documenté4/10
Efficacité
Fragile7/30
Effets rebonds & Externalités
Incertain documenté9/20
Degré de préparation
Incertain documenté3/10
Alignement & Logique globale
Incertain documenté7/10
Irréaliste
0 à 19
Fragile
20 à 34
Partiellement fondé
35 à 54
Plausible sous condition
55 à 69
Solide et chiffré
70 à 84
Exemplaire
85 à 100
Le plafond d'opérationnalité n'est pas déclenché.
Voir comment nous notonsExtrait analysé
Sources publiques“Pouvoir bloquer temporairement et de manière ciblée l'accès à certains réseaux sociaux pendant les émeutes, sur les territoires où elles se déroulent.”
Le raisonnement complet
Mesure reformulée
Mise en contexte dans le programme
Contexte national
Contexte international
Analyse par critères
Opérationnalité & Moyens— 17/30
La mesure ne coûte presque rien à l'État, mais elle bute sur deux obstacles réels : le droit et la technique. Le Conseil d'État a jugé illégal, le 1er avril 2025, le blocage de TikTok décidé par le candidat lui-même en Nouvelle-Calédonie, et exige pour l'avenir qu'une telle coupure soit indispensable, qu'aucune mesure moins lourde (comme bloquer certaines fonctionnalités) ne soit possible, et que sa durée soit fixée dès le départ. Le coût budgétaire est quasi nul, l'exécution reposant sur les opérateurs télécoms. Mais en métropole, plusieurs opérateurs coexistent, contrairement à l'opérateur unique calédonien, et aucune source ne montre qu'un blocage ciblé par quartier soit réalisable en quelques heures.
Efficacité— 7/30
Les preuves disponibles vont plutôt dans le sens inverse de l'effet recherché. Une étude sur l'Inde trouve que les coupures de réseaux sont plus fortement associées à une hausse des violences collectives qu'à leur baisse, et l'Égypte en 2011 a vu la contestation se disperser après la coupure plutôt que s'éteindre. L'État a lui-même reconnu devant le Conseil d'État que le blocage de TikTok en 2024 se contournait par VPN et qu'il ne pouvait pas en démontrer l'effet. Le ciblage par quartier manque par ailleurs une partie du problème, puisque l'« effet de meute » repose sur des images regardées dans toute la France, pas seulement sur place.
Effets rebonds & Externalités— 9/20
Le coût pour les libertés touche toute la population de la zone, pas seulement les casseurs. Les habitants, commerçants et manifestants pacifiques perdraient l'accès à des outils d'information et de communication, y compris pour documenter des interventions des forces de l'ordre, dans un mouvement qui conteste déjà leur action. Le blocage priverait aussi les enquêteurs d'une partie des images utiles aux identifications, et installerait un outil d'exception qui resterait à la disposition de tous les gouvernements suivants.
Degré de préparation— 3/10
Trois mots de cadrage, aucun mode d'emploi. Le candidat ne précise ni les plateformes visées, ni l'autorité qui déciderait, ni la durée maximale, ni le contrôle prévu, alors qu'il connaît mieux que quiconque les trois conditions posées par le Conseil d'État après l'annulation du précédent calédonien. Aucun texte de loi, aucune liste de plateformes n'accompagne la proposition.
Alignement & Logique globale— 7/10
La continuité avec le parcours du candidat est forte : il a déjà appliqué cette mesure en 2024 et porte depuis 2025 l'encadrement des réseaux sociaux. Une tension interne subsiste toutefois : il propose le même jour d'identifier les auteurs par reconnaissance faciale à partir d'images qui circulent en grande partie sur les plateformes qu'il veut couper, et il cite le précédent calédonien sans mentionner son annulation par le juge.
Longévité des effets
Ce qui est établi
Ce qui est probable
Ce qui est discutable
Ce qui est inconnu
Angles morts et effets de bord
Verdict final
Ce qui tient : la mesure ne coûte presque rien à l'État, elle n'est pas juridiquement exclue en cas de circonstances exceptionnelles, et elle prolonge fidèlement l'action passée du candidat, qui l'a déjà appliquée en Nouvelle-Calédonie.
Ce qui ne tient pas : l'efficacité. Les études disponibles sur les coupures pendant des troubles associent plus souvent ces coupures à une hausse des violences qu'à un retour au calme, le contournement par VPN a été reconnu par l'État lui-même en 2024, et un blocage limité à un quartier laisse intact l'effet d'imitation qu'il prétend arrêter. Le coût en libertés, lui, est certain pour toute la population de la zone.
Ce qui reste incertain : la faisabilité technique d'un ciblage par quartier en métropole et la compatibilité avec le droit européen.
Une mesure peu coûteuse et politiquement cohérente, mais dont l'efficacité n'est étayée par aucune preuve solide et dont le précédent invoqué a été annulé en justice.
Sources utilisées
- Conseil d'État, communiqué sur la décision n° 494511, 494583, 495174 du 1er avril 2025 (blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie) : https://conseil-etat.fr/content/download/227070/document/Communiqu%C3%A9%20de%20presse%20-%20TikTok%20en%20Nouvelle-Cal%C3%A9donie%20-%20web.pdf
- Règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques, article 51 : https://www.springlex.eu/fr/packages/dsa/dsa-regulation/article-51/
- Public Sénat, « Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ? », 19 octobre 2026 : https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/apres-les-pillages-du-17-octobre-faut-il-couper-les-reseaux-sociaux
- Journal du Geek, « Gabriel Attal veut couper TikTok et Snapchat pendant les émeutes, est-ce que c'est légal ? », 20 octobre 2026 (reprend le message sur X du candidat) : https://www.journaldugeek.com/2026/10/20/gabriel-attal-veut-couper-tiktok-et-snapchat-pendant-les-emeutes-est-ce-que-cest-legal/
- Presse-citron, « Le gouvernement peut-il vraiment couper les réseaux sociaux pour éviter un prochain chaos ? », 19 octobre 2026 : https://www.presse-citron.net/le-gouvernement-peut-il-vraiment-couper-les-reseaux-sociaux-pour-eviter-un-prochain-chaos/
- Cryptoast, « Violences du 17 octobre : Attal veut pouvoir couper les réseaux sociaux » (avis de l'avocat Alexandre Archambault, Viginum) : https://cryptoast.fr/17-octobre-blocage-reseaux-sociaux-ia-cameras-mesures-gouvernement/
- Les Nouvelles Calédoniennes, « Violences urbaines : quel rôle jouent les réseaux sociaux ? », octobre 2026 : https://www.lnc.nc/article/violences-urbaines-quel-role-jouent-les-reseaux-sociaux
- Next, « Blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie : quels sont les enjeux ? », mai 2024 : https://next.ink/137451/blocage-de-tiktok-en-nouvelle-caledonie-quels-sont-les-enjeux/
- Next, « Blocage de TikTok : mesure informelle, état d'urgence et circonstances exceptionnelles », mai 2024 (audience au Conseil d'État) : https://next.ink/138051/blocage-de-tiktok-mesure-informelle-etat-durgence-et-circonstances-exceptionnelles/
- Actu-Juridique, « Interdiction de TikTok en Nouvelle-Calédonie : la LDH dénonce une superposition de régimes d'exception », mai 2024 : https://www.actu-juridique.fr/libertes-publiques-ddh/interdiction-de-tik-tok-en-nouvelle-caledonie-la-ldh-denonce-une-superposition-de-regimes-dexception/
- Europe 1, « Nouvelle-Calédonie : trois questions sur l'interdiction de TikTok », mai 2024 : https://www.europe1.fr/societe/nouvelle-caledonie-trois-questions-sur-linterdiction-de-tiktok-decidee-face-aux-emeutes-4247380
- Le Monde du droit, analyse de la décision n° 2026-911 DC du 14 août 2026 (réseaux sociaux et moins de 15 ans) : https://www.lemondedudroit.fr/decryptages/381-analyses/105496-reseaux-sociaux-avant-15-ans-la-loi-francaise-face-au-mur-de-lapplication.html
- Sénat, compte rendu de la séance du 4 juillet 2023 (réseaux sociaux et émeutes, fonctionnalités) : https://www.senat.fr/seances/s202307/s20230704/s20230704022.html
- Solutions numériques (AFP), « Le gouvernement pour des restrictions sur les réseaux sociaux en cas d'émeutes », juillet 2023 : https://www.solutions-numeriques.com/?p=109075
- Rydzak J., « Of Blackouts and Bandhs: The Strategy and Structure of Disconnected Protest in India », SSRN, 2019 : https://papers.ssrn.com/abstract=3330413
- Rydzak J., « Shutting down social media does not reduce violence, but rather fuels it », The World / The Conversation, avril 2019 : https://theworld.org/stories/2019/04/29/shutting-down-social-media-does-not-reduce-violence-rather-fuels-it
- Müller K. et Schwarz C., « Fanning the Flames of Hate: Social Media and Hate Crime », Journal of the European Economic Association, 2021 : https://conference.nber.org/conf_papers/f128154/f128154.pdf
- Bonnasse-Gahot L. et al., « Epidemiological modelling of the 2005 French riots: a spreading wave and the role of contagion », Scientific Reports, 2018 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5758762
- Vice, « Internet Shutdowns Don't Help Authoritarians Stop Protests » (étude sur l'Afrique, Éthiopie 2017) : https://vice.com/en/article/internet-shutdowns-dont-help-authoritarians-stop-protests
- LCP, « Violences du 17 octobre : qui propose quoi sur le maintien de l'ordre ? », octobre 2026 : https://lcp.fr/actualites/violences-du-17-octobre-qui-propose-quoi-sur-le-maintien-de-l-ordre-444073
Moyen. Le cadre juridique est bien établi par des décisions récentes du Conseil d'État et du Conseil constitutionnel. L'efficacité repose en revanche sur des études étrangères dont la transposition à un blocage court et local en France n'est pas démontrée, et la mesure elle-même n'est décrite qu'en une phrase.
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