10 à 25 % de plus pour les profs

Analyse réalisée le 25/10/2026 avec Perlimpinpin 1.0 · Tagadaaa
En résumé
Raphaël Glucksmann veut augmenter tous les enseignants d'au moins 10 %, jusqu'à 25 % selon la carrière, pour 6 milliards d'euros par an. La mesure est faisable sur le plan légal et vise le vrai problème, le milieu de carrière mal payé. Mais aucune recette ne finance cette dépense, dans un pays déjà très endetté. C'est jouable seulement si un financement est trouvé.
Contexte
Les enseignants français gagnent moins que les autres pays riches, surtout après quinze ans de carrière. En 2025, un professeur de lycée français touchait environ 53 100 dollars par an après quinze ans, contre 63 900 en moyenne dans les pays riches. Des hausses de salaire ont déjà eu lieu depuis 2023, mais elles ont surtout profité aux débuts de carrière.
Analyse de la proposition
Des études à l'étranger montrent qu'un meilleur salaire attire de meilleurs candidats et retient les enseignants plus longtemps. La hausse jusqu'à 25 % vise justement le milieu de carrière, là où la France est le plus en retard. Mais une partie de l'argent ira aussi à des enseignants expérimentés qui ne partiraient pas de toute façon. Et le salaire seul ne suffira probablement pas à tout régler, car les conditions de travail comptent aussi.
Points forts et limites
Points forts
- Faisable rapidement, sans nouvelle loi particulière
- Vise le vrai problème, le milieu de carrière
- Coût annoncé de 6 milliards cohérent avec d'autres calculs
- Des études sérieuses montrent que le salaire retient les enseignants
Points faibles
- Aucun financement n'est prévu pour payer cette hausse
- Une promesse presque identique avait déjà été réduite en 2022
- Le salaire seul ne suffira sans doute pas à tout régler
- Une partie de l'argent va à des enseignants qui resteraient de toute façon
- Le calendrier, le mode de calcul et le financement ne sont pas précisés
Faisabilité et mise en œuvre
Le principal obstacle est l'argent : aucune recette n'est prévue pour payer les 6 milliards annuels, alors que la France est déjà très endettée. Sur le plan légal, la mesure peut se faire par décret et par le budget voté chaque année, sans loi spéciale. Le candidat ne dit pas non plus si la hausse serait immédiate ou étalée sur cinq ans, ni si elle concernerait aussi les enseignants du privé sous contrat.
Sources principales
- DEPP, Note d'information n° 26.36, « L'évolution du salaire des enseignants entre 2023 et 2024 », août 20262026 (nouvel onglet)
- OCDE, Regards sur l'éducation 2025, « Combien sont payés les enseignants ? »2025 (nouvel onglet)
- Le Monde du droit, dépôt du PLF 2027 (déficit 5,4 % en 2026, cible 5,0 % en 2027), octobre 20262026 (nouvel onglet)
Raphaël Glucksmann propose d'augmenter tous les enseignants d'au moins 10 %, et jusqu'à 25 % selon la carrière, pour 6 milliards d'euros par an. Il veut rendre le métier plus attractif en rattrapant les salaires européens, là où la France décroche le plus : le milieu de carrière.
Le levier est réel : le salaire pèse sur qui devient enseignant et sur qui le reste, et le coût annoncé est cohérent avec notre estimation. Mais rien ne la finance, en pleine cure d'austérité budgétaire, et le seul levier salarial ne suffira sans doute pas à lui seul à combler tout le retard d'attractivité. Une hausse identique pour tous paie aussi des fins de carrière qui ne partiraient pas de toute façon.
Note : 56/100, plausible sous condition de trouver un financement. Nous retenons un minimum de 10 % garanti à chacun, le candidat ne précisant pas s'il s'agit d'une moyenne.
Augmenter tous les enseignants de 10 %, avec une progression pouvant atteindre 25 % selon la carrière, pour un coût annoncé de 6 milliards d'euros, dans un « plan de sauvetage de l'école publique » sur cinq ans.
Rendre le métier d'enseignant plus attractif
Détail du score
Opérationnalité & Moyens
Somme de 3 volets10/30
Juridique
Solide10/10
Budgétaire
Fragile2/10
Moyens humains
Solide9/10
Efficacité
Incertain documenté22/30
Effets rebonds & Externalités
Incertain documenté11/20
Degré de préparation
Incertain documenté6/10
Alignement & Logique globale
Incertain documenté7/10
Irréaliste
0 à 19
Fragile
20 à 34
Partiellement fondé
35 à 54
Plausible sous condition
55 à 69
Solide et chiffré
70 à 84
Exemplaire
85 à 100
Le plafond d'opérationnalité est déclenché (volet jugé fragile : faisabilité budgétaire) : Opérationnalité & Moyens est limité à 10/30.
Voir comment nous notonsExtrait analysé
Sources publiques“Augmenter tous les enseignants de 10 %, avec une progression pouvant atteindre 25 % selon la carrière, pour un coût annoncé de 6 milliards d'euros, dans un « plan de sauvetage de l'école publique » sur cinq ans.”
Le raisonnement complet
Mesure reformulée
Mise en contexte dans le programme
Contexte national
Contexte international
Analyse par critères
Opérationnalité & Moyens— 10/30Plafonné — faisabilité budgétaire
Le pilier budgétaire plafonne la note globale : aucune recette ni économie n'est affectée à cette dépense, ce qui fait basculer ce point en FRAGILE malgré un coût crédible, et ramène mécaniquement le total du critère à 10/30 quel que soit le niveau des deux autres piliers. Sur le plan juridique, rien n'empêche cette hausse, qui se décide par décret et par la loi de finances : juridique 10/10. L'administration a déjà déployé en quelques mois la revalorisation de 2023, ce qui montre sa capacité opérationnelle : moyens humains et administratifs 9/10. Mais une dépense permanente d'environ 6 milliards d'euros par an, sans financement identifié, dans un pays sous procédure de déficit excessif et dont la dette atteindrait 121,7 % du PIB en 2027, constitue un obstacle bloquant plutôt qu'un simple arbitrage en attente : budgétaire 2/10.
Efficacité— 22/30
Le levier est réel : le salaire influe sur le niveau de ceux qui choisissent le métier (Leigh, 2012), sur la performance des établissements (Britton et Propper, 2016) et sur les départs (Hendricks, 2014), et le palier à 25 % vise justement le milieu de carrière, là où le retard français est le plus net. Mais l'euro est mal ciblé : au moins 10 % vont aussi aux fins de carrière, chez qui une hausse ne change presque plus les départs, et le seul levier salarial ne suffit probablement pas à produire, à lui seul, un rattrapage d'attractivité de cette ampleur sans toucher aux conditions de travail ni cibler les académies et disciplines en tension. Le recrutement s'est par ailleurs déjà redressé en 2026 grâce à la réforme du concours, ce qui relativise l'urgence du besoin. D'où 22/30 : un levier documenté, sans effet pervers qui l'annule, mais coûteux par rapport à une version ciblée.
Effets rebonds & Externalités— 11/20
Effet le plus net : la trajectoire de la dette, avec environ 0,2 point de PIB de déficit supplémentaire chaque année si la dépense n'est pas compensée, dans un pays dont la dette atteindrait 121,7 % du PIB en 2027. Effet plus lent mais documenté par un précédent concret : si la hausse passe par la grille de base ou une prime intégrée au calcul de la pension, elle relève les futures pensions, comme l'a montré la revalorisation Ségur dans la fonction publique hospitalière, un coût absent des 6 milliards annoncés et non chiffré précisément pour cette mesure par le jaune budgétaire annexé au PLF 2027. Risque plausible mais non chiffré : des demandes d'alignement d'autres fonctionnaires de même niveau. Les effets sur l'inflation restent négligeables, d'où 11/20.
Degré de préparation— 6/10
Le candidat donne deux taux et un coût cohérent avec notre reconstitution indépendante (5,5 à 7,5 milliards par an), ce qui dépasse le simple slogan. Mais il ne dit pas comment il paie, et il manque la courbe qui mène à 25 %, le calendrier, le support de la hausse (grille ou primes) et le périmètre exact (privé sous contrat, contractuels) : 6/10.
Alignement & Logique globale— 7/10
La mesure s'inscrit logiquement dans le plan pour l'école publique du candidat, en ouverture d'un dispositif sur cinq ans. Tension de financement : la grande recette nouvelle du programme, une taxe sur les très gros héritages, est déjà promise aux fiches de paie de tous les travailleurs, et non à cette mesure. Sans mandat national passé sur ce sujet, le candidat n'a pas de vote contraire à se voir opposer : 7/10.
Longévité des effets
Impact temporel et sectoriel
Ce qui est établi
Ce qui est probable
Ce qui est discutable
Ce qui est inconnu
Angles morts et effets de bord
Verdict final
La mesure tient sur deux points solides : elle est juridiquement simple à mettre en œuvre, et elle vise le vrai retard français, celui du milieu de carrière. La recherche confirme qu'un meilleur salaire attire et retient les enseignants, et le coût annoncé de 6 milliards d'euros par an est cohérent avec nos propres estimations.
Mais rien ne la finance : ni recette, ni économie identifiée, alors que la France reste sous procédure de déficit excessif et vise encore 5 % de déficit en 2027. Une promesse quasi identique en 2022 avait déjà été rabotée à l'application faute de marge budgétaire. Le seul levier salarial, en outre, ne suffira probablement pas à produire à lui seul tout le rattrapage d'attractivité visé, et une hausse identique pour tous paie aussi des fins de carrière qui ne partiraient pas.
L'absence totale de financement, dans ce contexte budgétaire, pèse plus lourd qu'un simple arbitrage en attente : c'est un obstacle de fond, pas un détail technique à régler plus tard.
Une mesure juridiquement simple et bien ciblée sur le fond, mais budgétairement non financée dans un contexte de déficit excessif.
Sources utilisées
- Public Sénat, « Présidentielle 2027 : que proposent les candidats pour l'école ? », 31 août 2026
- Public Sénat, « Fiscalité, école, immigration : ce que propose Raphaël Glucksmann », 24 août 2026
- LCP, résultats de la primaire sociale-démocrate, 11 octobre 2026
- DEPP, Note d'information n° 26.36, « L'évolution du salaire des enseignants entre 2023 et 2024 », août 2026
- AFP via L'Info durable, « Les enseignants gagnaient en moyenne 3 090 euros en 2024 », août 2026
- Sénat, rapport sur le PLF 2024, mission « Enseignement scolaire » (O. Paccaud), novembre 2023
- Sénat, rapport sur le PLF 2026, mission « Enseignement scolaire »
- Assemblée nationale, amendement n° 3257 au PLF 2026 (coût moyen chargé hors pensions d'un enseignant, PAP 2026)
- Institut Montaigne, chiffrage « Revaloriser les salaires des enseignants de 10 % », 2022
- L'Étudiant (revue de presse académique), coût d'une hausse de 10 % en année pleine, janvier 2023
- Les Échos (revue de presse académique), « Salaire des enseignants : une polémique relance le débat sur les 10 % », janvier 2023
- Public Sénat, « Enseignants : la hausse des salaires de 10 % sera inconditionnelle », avril 2022
- Ministère de l'Éducation nationale, résultats des concours enseignants session 2026
- AFP via Weka, postes non pourvus aux concours 2025
- OCDE, Regards sur l'éducation 2025, « Combien sont payés les enseignants ? »
- OCDE, Regards sur l'éducation 2026, « Combien sont payés les enseignants ? »
- L'Étudiant, « Les salaires des enseignants de l'OCDE sont peu attractifs, en particulier en France », septembre 2025
- 75secondes, salaires des enseignants à 15 ans d'ancienneté selon Regards sur l'éducation 2025
- Assemblée nationale, réponse ministérielle à la question écrite n° 1687 (comparaison OCDE 2024), avril 2025
- Le Monde du droit, dépôt du PLF 2027 (déficit 5,4 % en 2026, cible 5,0 % en 2027), octobre 2026
- MoneyVox, dette publique à 121,7 % du PIB en 2027 selon Bercy
- OFCE, « Le déficit public devrait diminuer en 2026 et 2027 », 2026
- Britton et Propper, « Teacher pay and school productivity: Exploiting wage regulation », Journal of Public Economics, 2016
- Leigh, « Teacher pay and teacher aptitude », Economics of Education Review, 2012
- Hendricks, « Does it pay to pay teachers more? Evidence from Texas », Journal of Public Economics, 2014
- Légifrance, Code de l'éducation, article L111-1
- CESE, rédaction de l'article L111-1 issue de la loi du 8 juillet 2013
- Assemblée nationale, Jaune budgétaire « Rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique », annexe au PLF 2027
- Le Média Social, « Fonction publique : la revalorisation Ségur donne lieu à un supplément de pension »
Moyen. Le coût, le contexte budgétaire et l'état des salaires sont bien documentés par des sources publiques, et la littérature sur le salaire des enseignants est solide. Mais le candidat n'a pas publié le détail de sa mesure (calendrier, courbe jusqu'à 25 %, support, financement), ce qui laisse une part d'interprétation.
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