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Loyers encadrés, expulsions conditionnées, 700 000 rénovations par an

Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc MélenchonLa France insoumise · 31 août 2026

Le résumé de Perlimpinpin IA

Cette mesure vise juste sur le papier : accéder à un logement, s'y maintenir, qu'il soit décent, ce sont exactement les mots que la loi assigne à la politique du logement. L'encadrement des loyers existe déjà dans 71 villes et fait gagner environ 81 euros par mois à un locataire parisien, sans avoir fait fuir les logements du marché locatif. Sa vraie faiblesse, c'est le contrôle : plus d'une annonce sur trois dépasse les plafonds, et presque neuf sur dix pour les petits studios.

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Détail du score

Opérationnalité & Moyens· plafonné (moyens humains)

9/30

Efficacité

22/30

Effets rebonds & Externalités

11/20

Degré de préparation

2/10

Alignement & Logique globale

5/10

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Extrait analysé

Sources publiques
Encadrer strictement les loyers, interdire les expulsions locatives sans relogement, et rénover thermiquement 700 000 logements par an.

Le raisonnement complet

Mesure reformulée

Encadrer strictement les loyers, interdire les expulsions locatives tant qu'aucune solution de relogement n'est proposée, et rénover thermiquement 700 000 logements par an.

Mise en contexte dans le programme

L'objectif affiché articule protection des locataires et transition écologique du parc. La cohérence avec le volet écologique du programme est réelle, la rénovation étant un levier direct de réduction des émissions. Une tension interne existe et n'est pas traitée : l'encadrement des loyers réduit les revenus locatifs qui financent en partie les travaux exigés par ailleurs. Le même programme demande donc aux bailleurs d'investir davantage tout en percevant moins.

Contexte national

Le lien entre les trois composantes et l'objectif de référence du domaine est plus direct qu'il n'y paraît. L'article L300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose que l'État garantit le droit à un logement décent et indépendant à toute personne qui n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Les trois verbes du texte, accéder, se maintenir, et le qualificatif décent, correspondent terme à terme aux trois composantes de la mesure.

La rénovation thermique en particulier ne relève pas seulement de la politique climatique : depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G au diagnostic de performance énergétique sont considérés comme non décents au sens de la loi du 6 juillet 1989 et ne peuvent plus être mis en location, l'interdiction s'étendant aux logements F en 2028 puis E en 2034. Rénover sert donc directement le critère légal de décence. Sur l'efficacité de l'encadrement, une étude de l'Atelier parisien d'urbanisme portant sur 2019-2025 conclut que les loyers parisiens sont inférieurs d'environ 5 % à leur niveau théorique sans encadrement, soit environ 81 euros par mois, l'effet atteignant environ 12,4 % pour les surfaces inférieures à 18 mètres carrés, et que le dispositif n'a pas fait baisser durablement le nombre de logements disponibles à la location sur la période.

Le point faible est ailleurs : selon le baromètre 2026 de la CLCV, portant sur 1 800 annonces relevées entre septembre 2025 et mai 2026, 64 % des annonces respectent les plafonds à Paris et en Seine-Saint-Denis, un taux stable depuis 2024, qui tombe à 56 % en Seine-Saint-Denis et à 14 % pour les logements de 14 mètres carrés ou moins. Les loyers non conformes dépassent en moyenne de 155 euros par mois le plafond autorisé, le complément de loyer étant le principal outil de contournement. Sur la rénovation, l'écart entre l'objectif et la réalité est considérable.

Environ 470 000 logements ont été rénovés en 2023 selon le ministère de la Transition écologique, mais ce total agrège des rénovations par geste et des rénovations d'ampleur. Le nombre de rénovations d'ampleur est de l'ordre de 120 000 par an, ce qui, rapporté à un stock d'environ 3,5 millions de passoires thermiques, représenterait environ 29 ans au rythme actuel. La dynamique se dégrade : au premier semestre 2026, les demandes de rénovation globale via MaPrimeRénov' ont chuté d'environ 75 %, passant d'environ 7 500 à 10 000 dossiers mensuels à environ 2 500, à la suite de coupes budgétaires et de modifications répétées des conditions d'éligibilité.

Le secteur du bâtiment, composé à 94 % d'entreprises artisanales, fait face à un manque documenté de professionnels qualifiés en rénovation thermique. Sur les expulsions, la capacité de relogement est le point aveugle : plus de 2,6 millions de ménages sont en attente d'un logement social, avec un taux de rotation historiquement bas.

Contexte international

L'encadrement des loyers est pratiqué sous des formes variées en Europe, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas. La littérature économique internationale sur les contrôles de loyers est abondante et majoritairement critique sur les effets de long terme, notamment la réduction de l'offre et la dégradation de l'entretien du parc. Ces travaux portent toutefois le plus souvent sur des dispositifs de blocage plus stricts que l'encadrement français, qui plafonne par référence aux prix du marché local plutôt qu'en gelant les loyers.

Cette différence de nature limite la transposabilité directe des conclusions internationales, et l'étude parisienne disponible ne retrouve pas l'effet de contraction de l'offre sur la période observée. Aucune comparaison internationale exploitable n'a été identifiée sur une obligation générale de relogement préalable à l'expulsion.

Impact environnemental

Effet positif du volet rénovation, avec une temporalité contrastée. À court terme (0-2 ans), l'effet est proportionnel au nombre de chantiers réellement engagés, et la dynamique actuelle est en net repli. À moyen terme (2-7 ans), l'effet cumulatif devient significatif si le rythme est tenu : les rénovations aidées en 2024 représentent environ 1,4 TWh d'économies d'énergie annuelles et environ 0,6 million de tonnes équivalent CO2 évitées pour environ 241 000 logements soldés. À long terme (plus de 7 ans), la résorption du parc de passoires est un levier structurel de la trajectoire climatique française, mais elle suppose de tenir un rythme très supérieur à l'actuel sur plus d'une décennie. Les deux autres composantes sont sans effet environnemental direct identifié.

Analyse par critères

Opérationnalité & Moyens9/30Plafonné — moyens humains

Un plafond s'applique ici, déclenché par les moyens humains : passer de 120 000 à 700 000 rénovations par an suppose une main-d'œuvre qualifiée qui n'existe pas, dans un secteur composé à 94 % d'artisans déjà en tension. Le volet juridique est le moins problématique, l'encadrement des loyers ayant déjà été expérimenté et rétabli après une annulation en 2017. Le volet budgétaire reste vide de tout chiffrage propre, alors que le précédent le plus proche, 5 milliards d'euros mobilisés par l'Anah en 2024, n'a pas suffi à atteindre le même objectif.

Efficacité22/30

Le mécanisme fonctionne là où il est appliqué, mais il est massivement contourné. L'encadrement des loyers fait gagner environ 81 euros par mois à un locataire parisien sans avoir réduit l'offre disponible sur la période étudiée. Mais plus d'une annonce sur trois ne respecte pas les plafonds, et ce taux tombe à 14 % pour les studios de moins de 14 mètres carrés, ce qui limite fortement la portée réelle du dispositif. Pour la rénovation, chaque logement traité produit un effet mesurable, mais le volume visé n'a jamais été approché malgré des moyens comparables engagés par le passé.

Effets rebonds & Externalités11/20

L'incertitude porte surtout sur l'effet de l'encadrement sur l'offre locative. L'étude parisienne ne constate aucune contraction durable du parc entre 2019 et 2025, ce qui contredit une partie de la littérature internationale, mais celle-ci porte sur des dispositifs de blocage plus stricts que le plafonnement français. L'obligation de relogement préalable, elle, transfère une charge vers un parc social déjà saturé et pourrait pousser les bailleurs à sélectionner davantage leurs locataires à l'entrée.

Degré de préparation2/10

La mesure ne comporte ni chiffrage, ni calendrier, ni définition précise de ce que recouvrirait un encadrement « strict ». Le chiffre de 700 000 rénovations est repris tel quel d'un objectif déjà fixé par l'Anah pour 2024 et non atteint, sans dossier propre ni méthode nouvelle. Les modalités de l'obligation de relogement, notamment qui en assume la charge et selon quels délais, restent également à préciser.

Alignement & Logique globale5/10

La mesure est cohérente avec le volet écologique du programme, la rénovation étant un levier direct de réduction des émissions. Mais une tension interne n'est pas traitée : l'encadrement réduit les revenus locatifs qui financent en partie les travaux exigés par ailleurs, ce qui revient à demander aux bailleurs d'investir davantage tout en percevant moins.

Longévité des effets

Court terme (0-2 ans) : l'encadrement peut être pérennisé et durci rapidement, un véhicule législatif étant de toute façon nécessaire avant l'échéance de novembre 2026. L'interdiction des expulsions sans relogement est d'application rapide sur le plan juridique, mais se heurte immédiatement à l'absence de logements disponibles. La rénovation ne peut pas décoller en deux ans compte tenu de la contrainte de main-d'œuvre. Moyen terme (2-7 ans) : période où se joue la crédibilité du plan de rénovation, qui suppose de former des professionnels et de stabiliser durablement le cadre des aides, dont l'instabilité récente est elle-même identifiée comme un frein. C'est aussi l'horizon où se manifesteraient d'éventuels effets sur l'offre locative. Long terme (plus de 7 ans) : au rythme actuel de rénovations d'ampleur, la résorption du parc de passoires prendrait de l'ordre de trois décennies, ce qui situe l'enjeu bien au-delà d'un mandat.

Impact temporel et sectoriel

Inflation et pouvoir d'achat : effet positif direct et immédiat sur le pouvoir d'achat des locataires concernés, de l'ordre de 81 euros par mois en moyenne à Paris selon l'étude disponible, et effet différé mais durable de la rénovation sur les factures énergétiques. Consommation des ménages : soutien modéré, le gain locatif étant en grande partie réaffecté à d'autres dépenses contraintes. Confiance et stabilité du secteur bancaire : aucun mécanisme direct de déstabilisation identifié. Un effet possible sur la valorisation du patrimoine locatif et sur les conditions de crédit des bailleurs n'est documenté par aucune source consultée.

Ce qui est établi

L'encadrement des loyers s'applique déjà dans 71 communes et arrive à échéance le 24 novembre 2026 sauf intervention législative. Son effet mesuré à Paris est d'environ 5 % de baisse par rapport au niveau théorique sans encadrement, soit environ 81 euros par mois. Le taux de conformité est de 64 % à Paris et en Seine-Saint-Denis, et de 14 % seulement pour les logements de 14 mètres carrés ou moins. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G sont juridiquement non décents et ne peuvent plus être mis en location, avec extension aux F en 2028 et aux E en 2034. Environ 3,5 millions de passoires thermiques subsistent, pour environ 120 000 rénovations d'ampleur par an. Les demandes de rénovation globale via MaPrimeRénov' ont chuté d'environ 75 % au premier semestre 2026. L'objectif de 700 000 rénovations annuelles avait déjà été affiché par l'Anah pour 2024 avec un budget de 5 milliards d'euros, sans être atteint. Plus de 2,6 millions de ménages sont en attente d'un logement social.

Ce qui est probable

Que l'atteinte de 700 000 rénovations par an se heurte d'abord à un manque de professionnels qualifiés et à l'instabilité du cadre des aides, davantage qu'à un manque de volonté politique. Que l'efficacité d'un encadrement durci dépende principalement des moyens de contrôle et de sanction, compte tenu du taux de non-conformité actuel. Que l'obligation de relogement préalable soit inapplicable à droit constant sans augmentation substantielle du parc disponible.

Ce qui est discutable

L'effet de l'encadrement sur le volume de l'offre locative : l'étude parisienne ne constate pas de baisse durable sur 2018-2025, alors que la littérature internationale conclut à l'inverse sur des dispositifs souvent plus stricts. Le désaccord porte sur des périmètres et des durées différents et n'est pas tranché ici. La distinction entre rénovations par geste et rénovations d'ampleur, qui fait varier considérablement le nombre de logements comptés comme rénovés selon la définition retenue. La stabilité du calendrier de décence énergétique lui-même, un assouplissement de la règle applicable aux logements classés G ayant été évoqué en 2026 sans qu'il soit possible d'en établir l'issue ici.

Ce qui est inconnu

Le contenu précis de l'encadrement strict envisagé, notamment s'il s'agit d'une généralisation à tout le territoire, d'un abaissement des plafonds ou d'un renforcement des sanctions, sources insuffisantes pour trancher ici. Le chiffrage du plan de rénovation et ses modalités de financement. Les modalités concrètes de l'obligation de relogement, notamment qui en assume la charge, selon quels délais, et avec quelle compensation pour le bailleur.

Angles morts et effets de bord

L'interdiction des expulsions sans relogement crée une obligation dont l'exécution suppose des logements disponibles, alors que plus de 2,6 millions de ménages attendent déjà un logement social : la mesure déplace la contrainte vers un parc saturé plutôt que de la lever. La tension entre encadrement des loyers et exigence de rénovation n'est pas traitée, les travaux étant financés en partie par les revenus locatifs que l'encadrement réduit. Le nombre de rénovations est un indicateur ambigu, une rénovation par geste et une rénovation globale n'ayant pas le même effet, et l'objectif de 700 000 ne précise pas la répartition. Enfin, le principal obstacle documenté à la rénovation n'est ni juridique ni strictement budgétaire mais humain et réglementaire, à savoir le manque de professionnels qualifiés et l'instabilité des dispositifs d'aide, deux points que la mesure ne traite pas. Note de catégorisation : l'absence de chiffrage pénalise à la fois la faisabilité budgétaire et le degré de préparation, ce que le barème prévoit explicitement ; il ne s'agit pas d'une double pénalisation accidentelle.

Verdict final

Les trois volets de cette mesure correspondent presque terme à terme au droit au logement tel qu'il est défini par la loi : accéder, se maintenir, habiter un logement décent. L'encadrement des loyers fonctionne là où il s'applique, avec un gain mesuré d'environ 81 euros par mois à Paris et sans preuve de contraction de l'offre. Mais plus d'une annonce sur trois dépasse déjà les plafonds actuels, et près de neuf sur dix pour les studios. L'objectif de 700 000 rénovations par an n'est pas nouveau : c'était déjà celui de l'Anah en 2024, avec 5 milliards d'euros, sans être atteint, et le rythme réel plafonne à 120 000 rénovations d'ampleur faute de professionnels qualifiés. La mesure vise juste sur le principe, mais bute sur l'exécution et sur des moyens humains qui ne sont pas au rendez-vous.

Sources utilisées

  • Code de la construction et de l'habitation, article L300-1
  • Loi du 6 juillet 1989, article 6, et loi Climat et Résilience du 22 août 2021 (critère de décence énergétique)
  • Atelier parisien d'urbanisme (APUR), Impact de l'encadrement des loyers à Paris, 2019-2025
  • CLCV, baromètre 2026 de l'encadrement des loyers à Paris et en Seine-Saint-Denis
  • Service des données et études statistiques (SDES), suivi de la rénovation énergétique du parc résidentiel
  • Agence nationale de l'habitat, objectifs et bilans MaPrimeRénov'
  • Ministère de la Transition écologique, chiffres de rénovation 2023 et 2024
  • Agence nationale pour l'information sur le logement (ANIL), obligations applicables aux logements classés G
  • Union sociale pour l'habitat et ministère du Logement, demandes de logement social en attente
  • Programme L'Avenir en commun, édition 2025 (melenchon2027.fr)
Fiabilité de l'analyse
Niveau de confiance
Élevée

Élevé sur l'état des lieux, taux de conformité, rythme de rénovation, stock de passoires et calendrier de décence énergétique, documentés par des sources publiques et associatives convergentes. Moyen sur l'effet de l'encadrement sur l'offre locative, où l'étude parisienne et la littérature internationale divergent. Faible sur le chiffrage de la mesure, aucune estimation n'étant disponible pour la version proposée.

Limites identifiées

Le contenu exact de l'encadrement strict et de l'obligation de relogement n'étant pas précisé, l'analyse porte sur la direction générale de la mesure et non sur un dispositif identifié, ce qui empêche toute évaluation juridique fine de la proportionnalité. Les données de conformité proviennent d'une association de consommateurs, partie prenante du débat, mais reposent sur un relevé méthodique de 1 800 annonces cohérent avec les observations de l'observatoire des loyers. Le calendrier de décence énergétique pourrait être modifié, un assouplissement ayant été évoqué en 2026 sans que son issue puisse être établie ici.

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Méthode transparente

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Sources publiques

Données vérifiées et citables.

Analyse relue

Par des experts et journalistes.